
RADAR.Psy
Les quatres volets de RADAR.Psy
Bienvenue dans la zone du prototype de RADAR.Psy
Cette page est consacrée aux quatre volets du prototype de RADAR.Psy. Elle est en construction et évoluera en continu. En ce début de deuxième année de la nouvelle mouture de RADAR.Psy, elle effectue surtout un survol des différents apports qui nous stimulent actuellement, en lien avec chaque volet. Nous vous invitons donc à y voyager librement, sans souci d'exhaustivité, en portant simplement attention à ce qui vous arrête, vous intrigue ou vous interpelle. Nous accueillerons vos résonances lors de l'assemblée du 17 octobre prochain.
Chaque volet dispose de sa propre section, accessible directement via les boutons ci-dessous ou en parcourant la page.

Volet social et collectif
Signification
Ce volet de nos activités inclut la défense et le déploiement des approches relationnelles, des échanges sur les crises sociales actuelles, nos apports au bien-être collectif, des actions vers l'extérieur, des prises de parole et des revendications, l'expansion de la conscience sociale et collective parmi nos membres.
Comment ce volet se situe dans RADAR.Psy
C'est le volet fondateur ! RADAR.Psy est né en 2017 d'un acte de résistance : défendre la diversité des approches thérapeutiques face à des pressions croissantes — celles des compagnies d'assurance, des médecins et des tiers payeurs — qui cherchaient à imposer les seules approches étayées par des données probantes. Cliquez sur le bouton ci-dessous pour retracer cette période fondatrice.
Depuis l'assemblée générale de septembre 2025, la mission de RADAR.Psy s'est élargie. Elle s'ancre désormais dans le contexte de la polycrise actuelle — fractures écologiques, sociales et spirituelles — dont les effets traversent, de façon diffuse et continue, nos pratiques et la société. À notre mission fondatrice s'est ajouté le désir de contribuer à la santé mentale de la population, au renouvellement du tissu social et à l'expansion de notre conscience collective face aux défis de notre époque.
La première section de ce volet présente la théorie U et le Presencing Institute. La seconde présente Second Renaissance. La dernière section de ce volet porte sur le souci de défendre nos approches relationnelles en présentant l'association américaine PsiAN et quelques documents de leur fait susceptibles de nous soutenir dans la défense de nos approches. Un texte en français de Conrad Lecomte pose également de bons arguments à cet effet.

La théorie U et le Presencing Institute


Otto Scharmer, professeur au MIT et fondateur du Presencing Institute, a développé au cours des vingt dernières années un cadre de transformation collective qu’il appelle la Théorie U. Ce cadre est à la fois une théorie du changement et une méthodologie, fruit d’années de recherche et d’expérimentation à travers le monde. Il fut à la base de la transformation de RADAR.Psy depuis 2024, alors que le nouveau CA entreprenait une réflexion de fond qui a culminé dans la proposition adoptée en septembre 2025.

L’image centrale est celle d’un U. Descendre le long du côté gauche du U, c’est s’ouvrir progressivement, laisser de côté les préjugés et les habitudes de pensée, s’exercer à écouter avec toute son attention, toute son intelligence émotionnelle et toute sa présence. Scharmer appelle ce mouvement « co-sentir » : sentir ensemble la réalité profonde d’une situation, en se rendant aux bordures des systèmes et en se mettant profondément à l’écoute des réalités émergentes.
Au fond du U se produit quelque chose de fondamentalement différent de tout processus de planification ordinaire. C’est le moment du presencing, un mot que Scharmer forge en contractant « presence » et sensing. Il s’agit de se connecter à la source de la possibilité future la plus haute et de l’amener dans le maintenant. Le presencing survient quand notre perception commence à s’effectuer depuis la source de notre futur émergent.
Remonter le long du côté droit du U, c’est alors cocréer : non pas à partir de solutions préconçues, mais depuis ce qui a émergé au fond du U. C’est une création qui a la qualité d’une révélation, non pas l’exécution d’un plan, mais l’accouchement de quelque chose qui était déjà là en attente de se manifester.
C'est dans cet esprit que nous rêvons RADAR.Psy. Non pas comme un lieu de plus où l'on applique des solutions conformes et déjà connues, mais comme un incubateur d'initiatives en santé mentale : un espace où nos compétences et notre savoir-être pourraient contribuer à humaniser — ou à ré-humaniser — la culture et la société. Nous n'avons pas de plan tout fait, et c'est volontaire. Nous en sommes encore à co-initier : construire ensemble une intention commune. Vient ensuite le temps de co-sentir, d'aller aux bordures de nos systèmes, d'écouter ce qui se passe vraiment dans nos milieux, chez les personnes que nous accompagnons, dans une société qui change plus vite que nos repères. Puis celui de nous relier à ce que nous portons de plus profond, pour laisser émerger ce que nous ne savons pas encore. De là seulement pourront naître des initiatives — de petites créations concrètes, imparfaites, révisables — et, avec le temps, quelque chose qui prendra racine dans nos écosystèmes. Ce chemin, personne ne peut le parcourir seul. C'est pourquoi nous vous invitons : non pas à adhérer à un projet déjà défini, mais à devenir l'un des lieux où il se découvre.
Ressources à consulter en lien avec le Presencing Institute
Cliquez sur les images : vidéos et sites s'ouvriront dans un nouvel onglet. Fermez-le pour revenir ici.
On peut écouter Otto Scharmer parler dans ce court vidéo où il nous présente sa vision des choses.
Le site du Presencing Institute est d’une richesse surprenante. Jetez-y un coup d'œil
La vision du changement systémique du Presencing Institute présenté en 15 minutes par Otto Scharmer. 4 principes de base.
Nous vous invitons à écouter ce court vidéo de 10 minutes où Otto Scharmer évoque les capacités intérieures qui sont nécessaires pour ne pas répéter les mêmes patterns de séparation et de polarisation que l’on rencontre partout actuellement et pour appliquer les principes du changement systémique.
C'est exactement en continuité avec cette dernière vidéo que notre communauté possède une richesse : un savoir d'expérience patiemment accumulé auprès des personnes, et une capacité d'apprendre ensemble. Ces capacités intérieures dont parle Scharmer, écouter sans juger, tenir l'incertitude, rester présent à l'autre, nous les travaillons depuis longtemps dans notre pratique. Il nous semble qu'elles pourraient être mises à contribution bien au-delà du cadre clinique.
Cette vidéo constitue la meilleure porte d'entrée pour saisir l'ensemble de la proposition actuelle du Presencing Institute, développée dans l'ouvrage ci-dessous.

La section suivante de ce volet social et collectif porte sur l'organisme Second Renaissance.

Second Renaissance est un organisme international et un collectif de recherche qui a produit, depuis 2024, une série de livres blancs constituant l’une des tentatives les plus sérieuses à ce jour de théoriser la transformation culturelle dont nous avons besoin. Ces textes ne sont pas ésotériques : ils sont rigoureux, ancrés dans des données et une réflexion philosophique substantielle et parlent directement de notre situation mondiale.
On peut trouver sur leur site toute la série des cinq livres blancs en cliquant sur papers.
Cliquer sur l'image pour accéder au site
N.B. Le site s'ouvre dans un nouvel onglet. Fermez-le pour revenir à la page des membres.
SAVIEZ-VOUS qu'il est possible de FAIRE TRADUIRE EN FRANÇAIS de façon automatique, toutes les pages web que nous vous proposons d'explorer.
Voici comment sur ordinateur :
1. Repérez le bouton à l'extrémité droite de la barre d'adresse
2. Cliquez dessus, puis choisissez "Français" dans la liste des langues.
3. La page se réaffiche aussitôt en français ; les pages du site le seront également. La traduction est faite par une machine : elle est fidèle dans l'ensemble, parfois maladroite dans le détail. Pour un passage qui vous importe, le texte anglais d'origine reste la référence.
Sur iPad vous devez toucher l'icône à gauche dans la barre d'adresse, puis choisissez "Traduire en français".

Ressources à consulter en lien avec Second Renaissance
Ci-dessous vous trouverez une courte présentation par une des cofondatrices de cet organisme, puis l'annonce d'un cours en ligne ainsi que les deux premiers White papers de la série de cinq qui sont disponibles en ligne en anglais. Les traductions françaises nécessiteront une révision par quelques volontaires !!
Second Renaissance propose un cours en ligne, Introduction to the Metacrisis and a Second Renaissance, qui relie les crises écologique, politique et technologique à une crise plus profonde du sens et des liens. Ce serait bien que quelques membres de RADAR.Psy s'y joignent. Quatre séances de 90 mn en direct à coût modique. En anglais. Débute le mercredi 11 novembre de midi à 13h30. Pour plus d'info. : https://secondrenaissance.net/course?utm_source=luma#about
Livre blanc no. 1: Le quoi et le pourquoi de la métacrise actuelle
Livre blanc no. 2 : Comment changer les choses
La dernière section de ce volet social et collectif porte sur la défense des approches relationnelles.

Le Psychotherapy Action Network (PsiAN) est un organisme américain à but non lucratif fondé en 2017, dans la foulée d'une conférence organisée par le Chicago Center for Psychoanalysis qui avait mis en lumière la marginalisation progressive des thérapies de profondeur, d'insight et de relation. Ses membres proviennent de disciplines et d'orientations théoriques variées, humaniste, existentielle, psychodynamique, psychanalytique, intégrative, somatique, et comprennent des travailleurs sociaux, psychologues, psychiatres, thérapeutes conjugaux et familiaux, chercheurs et formateurs. Face aux pressions des assureurs et aux discours dominants qui réduisent la psychothérapie à des interventions brèves et standardisées, PsiAN défend le principe que le clinicien, et non les tiers payeurs, est le mieux placé pour évaluer la nature et la durée du traitement approprié et que les politiques éducatives et de financement de la recherche doivent soutenir les pratiques relationnelles, en profondeur et orientées vers l'insight. Sa cofondatrice et présidente, Linda Michaels, psychologue clinicienne à Chicago, a porté la voix de PsiAN dans des médias nationaux tels que le New York Times et NPR, contribuant à faire de cet organisme une référence incontournable dans le paysage de la défense de la psychothérapie aux États-Unis.
Une intervention récente
Le 21 juillet 2026, Linda Michaels, PsyD, MBA, présidente et cofondatrice du Psychotherapy Action Network, a témoigné en appui aux thérapeutes de Kaiser représentés par le National Union of Healthcare Workers.
Son message est clair : ce sont des thérapeutes agréés — et non des algorithmes ou des opérateurs de centres d'appels — qui doivent diagnostiquer et traiter les patients, conformément aux normes cliniques. Kaiser veut aussi contrôler l'approche thérapeutique en imposant à tous les patients un modèle de soins standardisé. Or, des décennies de recherche démontrent que l'alliance thérapeutique est le meilleur prédicteur des résultats : les thérapeutes doivent conserver l'autonomie nécessaire pour traiter chaque patient comme un individu, avec son histoire, ses identités et sa personnalité propres.
Les enjeux ne pourraient être plus importants. Kaiser assure 25 % des Californiens et détient plus de 67 milliards de dollars en réserves. Pourtant, 75 % de ses thérapeutes affirment que leur service manque de personnel pour offrir des soins en temps opportun, et 63 % déclarent ne pas pouvoir rencontrer leurs patients toutes les deux semaines, comme l'exige la loi de l'État. Kaiser avait déjà convenu que l'IA ne servirait qu'à assister les thérapeutes. L'organisation veut maintenant retirer cette clause du contrat, ainsi que mettre en place des dispositions qui faciliteraient les mises à pied et la sous-traitance des thérapeutes. Les organismes de réglementation de l'État ont déjà imposé des amendes à Kaiser pour manque de personnel et délais d'attente excessifs, avant de constater qu'elle n'avait corrigé qu'une des vingt lacunes relevées.
Voici le lien vers l'enregistrement de l'audience. Au début, plusieurs acteurs concernés expriment leurs craintes quant aux propositions de Kaiser qui affectent leur travail. On peut entendre la présentation de Linda Michaels à 2 h 14 min 23 s. On notera que les représentants de la firme Kaiser ont décliné l'invitation à participer à cette audience !
https://sanfrancisco.granicus.com/player/clip/52901?view_id=10&meta_id=1255625&redirect=true
En cliquant sur le lien, on arrive à l'enregistrement au point de départ de la réunion de ce comité gouvernemental. En cliquant sur la flèche pour démarrer la vidéo, on arrive directement au début de l'audience consacrée au cas Kaiser.
Au Québec, il y aurait lieu de se questionner sur ce qui se passe dans les grandes firmes de programmes d'aide aux employés (PAE) en lien avec les enjeux présentés lors de cette audience.
RADAR.Psy effectue un don annuel à PsiAN. Nous souhaiterions qu'un membre de RADAR.Psy participe aux réunions de PsiAN.
Ressources à consulter en lien avec PsiAN
Depth therapies in our quick-fix times: What does the evidence say?
Cette présentation de Holly Passi PsyD. a eu lieu le 15 mars 2024 lors d'un webinaire de PsiAN.
The Therapy World Has Changed: Where Are We Now?
Santiago Delboy, MBA, LCSW and Linda L. Michaels, Psy.D., MBA
Dans cet article, les autrices font état d'un sondage scientifique sur les attentes des gens en lien avec la psychothérapie dont l'un a eu lieu en 2020 et l'un en 2023. Très intéressant et surprenant par moment.
La pratique des psychologues à l’ère des données probantes : État des lieux d’une crise paradigmatique.
Publié dans une importante revue française, cet article de Conrad Lecomte offre un appui solide à quiconque doit répondre à un tiers qui prétend s'ingérer dans le traitement au nom des données probantes associées aux modèles d'intervention. Lecomte y démontre avec brio ce que la recherche établit depuis longtemps : ce sont d'abord le thérapeute et la qualité de la relation qu'il parvient à établir avec son client qui déterminent l'efficacité d'une psychothérapie.

Quête de sens et spiritualité
Le travail et le ressourcement que demande le changement de culture auquel RADAR.Psy souhaite éventuellement participer implique aussi une dimension plus intérieure, plus difficile à nommer : celle de la quête de sens et du sens du sacré. Devant l'ampleur des crises sociales et écologiques actuelles, il ne suffit pas de repenser nos pratiques; il faut aussi retrouver ce qui nous relie à quelque chose de plus grand que soi, la nature, le vivant, le cosmos, et laisser cette connexion réorienter notre vision du monde.
Cette dimension n'est pas un refuge hors du réel. Elle est précisément ce qui permet d'accueillir la douleur, la nôtre et celle des personnes que nous accompagnons, sans en être écrasés, et de la transformer en source de compassion et d'action. Elle suppose de faire une place à la contemplation et à l'émerveillement dans des milieux qui valorisent surtout la performance et l'efficacité, de réapprendre à s'arrêter, à s'étonner, à écouter autrement. Elle appelle enfin à un rapport vivant à la sagesse et à sa transmission : reconnaître ce que nous ont légué celles et ceux qui nous ont précédés, dans nos traditions comme dans nos pratiques, et accepter à notre tour de transmettre.
Or, aborder ces questions dans un espace professionnel comme le nôtre exige un cadre qui ne nous oblige ni à renier la rigueur scientifique, ni à réduire le sacré à une simple affaire de croyance privée. C'est ici que le travail du professeur, chercheur en sciences cognitives et philosophe de l’Université de Toronto, John Vervaeke, nous apparaît particulièrement précieux. En faisant dialoguer la science contemporaine de la cognition et les traditions de sagesse dont il refuse de faire l'économie, il propose de la « crise du sens » une lecture qui rend ces enjeux à nouveau pensables, et surtout discutables entre praticiens, de manière à élaborer notre propre point de vue. La cognition dont il parle est celle d'un esprit incarné et situé, où l'organisme entier participe, avec toute son affectivité, à un monde à la fois physique et social, une conception profondément consonante avec nos approches relationnelles de la psychothérapie. Le sens n'y est pas un supplément d'âme : il émerge de la qualité de la relation entre une personne et son monde. Et une relation, cela se cultive, cela se brise, cela se répare.
Signification
Ce volet concerne la part de nous qui cherche plus grand que soi : l'émerveillement devant la nature et le cosmos, la quête de sens et les visions du monde qui la portent. On y accueille aussi la douleur, non pour la fuir, mais pour la transformer en compassion et en action, et l'on y fait place à la sagesse, cet art de discerner ce qui compte vraiment et de le transmettre à ceux qui viennent.
Comment ce volet se situe dans RADAR.Psy
La pensée de John Vervaeke
une ressource précieuse pour RADAR.Psy

Nous sommes convaincus que Vervaeke est pertinent pour comprendre mais surtout pour s’orienter adéquatement vers une transformation personnelle et collective en phase avec l’orientation de Otto Scharmer et de Second Renaissance. Toutefois, nous vous proposons de vous initier petit à petit à ce qu’il peut nous offrir. L'ampleur de sa réflexion et des disciplines qu'il intègre à l'intérieur de celle-ci (philosophie, psychologie, sciences cognitives contemporaines, neurosciences, histoire, linguistique, sciences religieuses) a pour conséquence qu'il faut du temps pour saisir l'ampleur et la cohérence de son projet.
En plus de dizaines de vidéos où il dialogue avec diverses personnes, John Vervaeke a réalisé deux séries en libre accès sur YouTube. Awakening from the Meaning Crisis (50 épisodes, 2019-2020) retrace, depuis les grandes traditions de l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui, comment l'Occident a perdu ses ressources de sens et ce que les sciences cognitives contemporaines permettent d'en comprendre.
After Socrates (2023) en est le prolongement pratique : comment cultiver concrètement la sagesse par ce que Vervaeke nomme une « écologie de pratiques ». On peut y entrer par n'importe quel épisode, et cette seconde série se laisse aborder sans avoir vu la première. Elle parle tout particulièrement aux psychothérapeutes : comme Socrate, nous cherchons moins à transmettre un savoir qu'à aider la personne à accoucher d'elle-même — la maïeutique, que Vervaeke rend en anglais par midwifing. Ce qui naît alors n'a été ni transmis ni fabriqué : il vient d'elle, auprès de quelqu'un qui a su réunir les conditions propices à son développement. Nous la présenterons dans la section suivante, consacrée à l'écologie de pratiques transformatrices.
Écoutez John Vervaeke présenter cette série en 3 minutes en cliquant sur l'image.
Des milliers de personnes ont été renversées par la profondeur de cette série.
Ce qu'on en dit :
La série suscite deux réactions à peu près constantes. La première tient de la gratitude : beaucoup disent y avoir trouvé les mots d'un malaise qu'ils portaient sans pouvoir le nommer. « L'une des œuvres les plus significatives que j'aie rencontrées », écrit un auditeur, « puissante, psychoactive, engageante ».
La seconde est un avertissement, souvent formulé par les mêmes personnes : cinquante épisodes, une cinquantaine d'heures, et « ce n'est pas fait pour être écouté distraitement, ce n'est pas du balado d'arrière-plan ». On parle plutôt d'un séminaire. Plusieurs recommandent la prise de notes, et une deuxième écoute.
Une troisième remarque revient enfin : on aimerait plus de pratiques et moins de théorie. C'est précisément ce que Vervaeke a entrepris avec After Socrates.
Et pour les plus braves voici la série sur You Tube
On peut aussi acheter le livre qui couvre une partie de la série.


Écologie de pratiques
Signification
Explorer ce qui transforme. Pratiques novatrices, art et créativité, approches corporelles et de centration — autant de chemins pour contribuer, ici et maintenant, à l'émergence d'un nouveau paradigme.
Comment ce volet se situe dans RADAR.Psy
Une "écologie de pratiques" selon John Vervake est un agencement délibéré (un logos) de pratiques signifiantes — un réseau intégré d'activités conçu pour stimuler le sens de connexion mental, spirituel et physique : la connexion à soi, aux autres et au monde.
Le mot "écologie" est choisi avec soin : il s'agit d'un ensemble de pratiques complémentaires qui se défient et se renforcent mutuellement, signalent les erreurs, évitent l'autotromperie et imposent des contraintes qui sont similaires à celles des mécanismes d'équilibre d'un écosystème biologique. Il n'y a pas de pratique-panacée. Comme dans un écosystème, c'est la diversité en relation qui assure la santé du système.
La structure DIME — les quatre domaines
Vervaeke propose quatre composantes idéales, regroupées sous l'acronyme DIME :
D — Dialogique
Le dialogue n'est pas seulement une forme de conversation — c'est un mode existentiel, une façon de se tenir en relation avec les autres, avec soi-même et avec le monde. Il nous ouvre à la nouveauté, au mystère, aux limites de notre propre conscience. C'est l'une des grandes innovations de la tradition socratique : le Dialogos est la façon dont nous apprenons sur nous-mêmes et trouvons des reflets qui nous permettent de croître.
I — Imaginal
L'"imaginal" est un terme popularisé par Henry Corbin. Contrairement à l'imaginaire — qui convoque la fantaisie indépendante de la réalité —, l'imaginal utilise les images et autres impressions pour enrichir la perception et l'insight en lien avec la réalité.
M — Mindful (présence)
Il s'agit de la cultivation de l'attention. En méditation, on utilise des techniques pour calibrer et orienter l'attention vers ses propres processus internes. En contemplation, on dirige cette attention vers les personnes et les patterns environnants, afin de développer des relations plus profondes et plus compréhensives avec la réalité.
E — Embodied (incarné)
L'esprit n'est pas une entité éthérée ni un cerveau flottant dans une cuve. Il est inséparable de nos sensations, de nos nerfs et de nos émotions, des membres qui entrent en contact avec le monde. Toute tradition de sagesse doit inclure ce contact corporel.

Quelques pratiques enseignées dans la série After Socrates
N.B Les pratiques présentées sur cette page, tirées de la série de Vervaeke, visent à éveiller notre curiosité et ne sont que des invitations. Il est évident que parmi les membres de RADAR.Psy plusieurs possèdent déjà de nombreuses compétences en lien avec des pratiques similaires ou différentes qu'il serait intéressant de partager éventuellement.

Former un îlot de cohérence
Signification
Ce volet concerne la volonté de créer un îlot de cohérence. Un réseau de pairs pour se soutenir, s'inspirer et se ressourcer — dans un lieu sûr, fait d'échanges authentiques, d'empathie, de bienveillance et de plaisir partagé.
Comment ce volet se situe dans RADAR.Psy
Ce volet part d'une intuition d'Ilya Prigogine, reprise aujourd'hui comme mot d'ordre par le Presencing Institute d'Otto Scharmer : lorsqu'un système est loin de l'équilibre, de petits îlots de cohérence ont la capacité de transformer l'ensemble de ce système. Ce n'est pas la masse qui décide de l'issue d'une crise, mais la qualité d'ordre que quelques foyers parviennent à maintenir pendant que le reste se désorganise, d'où le programme que Scharmer résume ainsi : comment de petits groupes déplacent de grands systèmes.
Notre situation est précisément celle-là. La crise du sens est systémique et les institutions qui devraient la contenir sont elles-mêmes emportées par elle. Attendre une réforme d'ensemble, c'est attendre que le désordre se réorganise de lui-même. La stratégie de l'îlot est l'inverse : construire ici et maintenant, à petite échelle, des lieux où la cohérence est effectivement pratiquée. Le mouvement de Second Renaissance nomme pockets — que l'on peut traduire par cellules— ces communautés restreintes où se cultive délibérément une autre manière d'habiter le monde, et qui préfigurent la culture qu'elles espèrent voir naître.
C'est ce qu'exige une écologie de pratiques. Îlot, cellule : ni refuge où l'on se protège, ni communauté d'opinions partagées, mais un milieu où des personnes s'engagent ensemble dans des pratiques qui les transforment, où la philia (amitié, affection) envers la sophia (sagesse) devient une réalité quotidienne. Petit par nécessité, la transformation se transmet par contact, non par diffusion ; un tel lieu échappe au repli : petit par nécessité, sa cohérence même est ce qui le rend contagieux.
La dimension communautaire et transformatrice de l'écologie de pratiques
Une écologie de pratiques est un système vivant et interconnecté de disciplines, de vertus et de communautés qui actualise la sagesse à travers de multiples formes de connaissance et d'être. C'est ce que les traditions anciennes cultivaient par des rituels, la contemplation, la narration et la formation morale partagée. Ces pratiques façonnaient la conscience, orientaient l'attention et transformaient le soi dans sa relation au monde.
Aujourd'hui, ces pratiques nous parviennent démembrées : la contemplation devenue technique de gestion du stress, le rituel devenu formalité vide, la narration devenue divertissement, la formation morale devenue affaire de préférence privée. Chacune survit comme fragment, coupée des autres et, surtout, coupée du milieu qui les tenait ensemble.
Or ce qui manque n'est pas une pratique de plus, mais l'écologie elle-même, le tissu de relations dans lequel les pratiques se répondent, se corrigent, se nourrissent et s'équilibrent mutuellement. Et un tel tissu ne s'improvise pas seul.
C'est ici que l'étymologie retrouvée par Vervaeke devient décisive. Philosophia ne désigne pas l'amour abstrait du savoir, mais la philia, l'amitié, envers la sophia, la sagesse. Car philia n'est pas un sentiment : c'est un lien réciproque, une façon d'être-avec qui suppose la présence de l'autre, une attention partagée et une transformation mutuelle. On ne peut pas être ami tout seul. L'ami est celui devant qui l'on ne peut pas se mentir longtemps, celui dont le regard corrige nos angles morts et rend possible ce que nous ne pourrions accomplir isolément. Quant à Sophia, elle ne se réduit pas à une connaissance : elle est la capacité de voir ce qui importe et d'y répondre justement, un savoir-être qui ne se transmet que par contact, par imitation, par compagnonnage.
La philosophie, en son sens originel, est donc déjà une pratique communautaire : une amitié avec la sagesse cultivée en commun. Ce qui signifie qu'une écologie de pratiques n'est pas un programme individuel de développement personnel, mais bien une forme de vie partagée. Elle exige des compagnons de route, un lieu, une régularité et une mémoire commune. Elle exige, autrement dit, une communauté, non pas comme supplément désirable, mais comme condition de possibilité.
Et il importera d'adopter des règles communes régissant notre fonctionnement. Voici quelques éléments de réflexion à ce sujet.
Ce qui nous tient ensemble: propositions de balises de départ
7 marqueurs de de santé psychosociale proposés par un membre de RADAR.Psy, Yves Saint-Arnaud, professeur émérite de l'Université de Sherbrooke.
Nous reproduisons ci-dessous, avec la permission des auteurs, Yves St-Arnaud et Jocelyn Giroux, un extrait du livre Le je et le nous : essai sur le bien-vivre qui cherche à aborder scientifiquement le bien-vivre d'une personne. Leur position est celle-ci : «Une vie saine sur le plan psychologique est le point de départ pour répondre à Socrate, qui nous invite à vivre bien. C'est aussi une condition essentielle pour assurer la santé du tissu social.» Aussi proposent-ils, en s'appuyant sur la littérature psychologique et sociologique, sept marqueurs de santé psychosociale qu'il pourrait être pertinent de soumettre à l'ensemble des membres de RADAR.Psy. Voici l'extrait :
L’ABC du bien-vivre
Les indices ou les critères de santé abondent et parfois se contredisent, mais nous pensons qu’un consensus est possible sur quelques évidences qui nous serviront à définir sept marqueurs de santé psychosociale, identifiés de M1 à M7. Sous le titre « Vivre à la première personne », les trois premiers concernent une façon de vivre son rapport au monde : le « je » et le « nous ». Les quatre autres reposent sur la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne, le « nous » évoquant cette fois les incidences de l’environnement socioculturel sur la satisfaction de ces besoins. En guise d’introduction, voici la description sommaire de nos marqueurs de santé psychosociale.
Vivre à la première personne (je-nous)
M1. Assumer la subjectivité. L’humanité étant composée de sujets — chaque personne est unique — notre premier marqueur est la responsabilité que l’on prend concernant sa propre subjectivité et le respect de la subjectivité d’autrui. À l’inverse, le mépris de sa subjectivité ou de celle d’autrui est considéré comme malsain.
M2. Valider ses perceptions. Le monde intérieur de chacun n’étant jamais le miroir du monde extérieur, le deuxième marqueur consiste à confronter ses perceptions (de soi, des autres et du monde extérieur) et la réalité. À l’inverse, confondre le réel avec ce qu’on en perçoit est malsain.
M3. S’autodéterminer. Chaque personne ayant la capacité de délibérer avant de prendre position ou de faire quelque chose, ses choix personnels (peu importe qu’on les considère comme déterminés ou comme la manifestation d’une certaine autonomie) caractérisent notre troisième marqueur. À l’inverse, l’aliénation de sa capacité de choisir et le refus de celle d’autrui sont malsains.
Répondre aux besoins fondamentaux
M4. Répondre aux besoins vitaux. Les mécanismes du plaisir et du déplaisir assurant le maintien de la vie de la personne et de l’espèce, notre quatrième marqueur de santé psychosociale consiste à les intégrer de façon équilibrée dans la gestion de sa vie et dans sa participation à la vie collective. Ce marqueur inclut la recherche d’une sécurité matérielle, nécessaire pour répondre à tous les autres besoins, les siens et ceux des autres. À l’inverse, la méfiance à l’égard du plaisir, la valorisation de la souffrance ou l’insouciance concernant la sécurité matérielle sont considérées comme malsaines.
M5. Répondre au besoin d’attachement. Chaque personne ayant une prédisposition à créer des liens interpersonnels, la recherche ou le maintien d’un réseau affectif et l’élargissement progressif du cercle de l’empathie nous fournissent un cinquième marqueur de santé psychosociale. À l’inverse, la privation affective, la discrimination sociale ou la violence sous toutes ses formes sont considérées comme malsaines.
M6. Répondre au besoin d’accomplissement. Chaque personne ayant une prédisposition à agir sur son environnement, la planification et la réalisation d’activités significatives personnelles ou collectives définissent notre sixième marqueur de santé. À l’inverse, l’absence de telles activités ou le retrait du monde dans lequel on vit sont considérés comme malsains.
M7. Répondre au besoin de sens. Chaque personne ayant une prédisposition à poser des questions et à chercher des réponses, toute démarche personnelle ou en interaction avec une communauté de pensée pour comprendre la réalité (la sienne et celle du monde extérieur) ou lui donner un sens nous fournit un septième marqueur de santé psychosociale. À l’inverse, on perçoit négativement l’incapacité de donner un sens à sa vie et le mépris du savoir.
Au sein de notre communauté ces marqueurs pourraient constituer des balises nous permettant d'évaluer si nos relations et nos actions favorisent la santé psychosociale de nos membres et du tissu social. Une implication importante est que nous favoriserons que nos membres répondent à leurs besoins fondamentaux par leur implication et puissent choisir librement ce qui leur convient.
Ce qui nous tient ensemble: propositions de balises communes
Le guide du développement intérieur
produit par la Fondation Inner Development Goals









Au sein de notre communauté, ces capacités, compétences et qualités humaines pourraient être des sources d'inspiration et d'aspirations.
Le Circling : une pratique non-thérapeutique compatible avec les approches relationnelles en psychothérapie
Le Circling est une pratique de méditation relationnelle développée à partir de la fin des années 1990 par Guy Sengstock. artiste, philosophe et praticien corporel, d'abord dans la région de San Francisco, avec Jerry Candelaria puis Decker Cunov, sous le nom d'Arete Experience (1998). On peut l'entendre parler lors de sa présentation au début de l'épisode 10a de la série After Socrates.
Sengstock en a par la suite formalisé la transmission au sein du Circling Institute, sous l'appellation Original Circling® Approach.La pratique consiste à porter, en groupe, une attention soutenue à ce qui émerge dans l'instant entre les personnes présentes.
Quatre principes en forment l'ossature :
-
Accueillir tout ce qui se présente (rien de ce qui apparaît n'est hors sujet, y compris l'inconfort, l'ennui, la fermeture);
-
S'engager dans le contact plutôt que dans la résolution;
-
S'approprier sa propre expérience et la nommer comme telle;
-
Entrer dans le monde de l'autre, sans le réduire à ce qu'on croit en savoir.
Sengstock résume cette dernière exigence par une formule devenue emblématique : You will always outlive my concept of you que l'on pourrait traduire par "tu déborderas toujours l'idée que j'ai de toi"
Les racines de la pratique sont explicitement plurielles : Gestalt, groupes de rencontre, travail respiratoire et lecture phénoménologique de l'expérience (Heidegger, notamment).
Sa pertinence pour RADAR.Psy
Elle tient à une convergence de fond. RADAR.Psy défend l'idée que ce qui soigne en psychothérapie ne se réduit pas à un protocole, mais se joue dans la rencontre intersubjective, précisément ce que le Circling prend comme objet direct d'entraînement.
Trois apports concrets
Une formation de la personne, pas une technique
Présence, tolérance à l'ambiguïté, capacité de rester en contact quand l'échange devient inconfortable, lecture de ses propres résonances réactives : ce sont des compétences qui s'acquièrent par l'expérience répétée plus que la lecture. Le Circling offre un cadre pour cet apprentissage.
Une démonstration incarnée de la thèse relationnelle.
Contre l'aplatissement des soins en séquences standardisées : le Circling rend perceptible ce que RADAR.Psy défend argumentativement : On y éprouve en quinze minutes ce qu'un mémoire met vingt pages à établir.
Un tissu communautaire.
La pratique crée entre les personnes une qualité de lien qui soutient l'engagement collectif dans la durée, enjeu réel pour un réseau composé de praticiens généralement isolés.
N.B. Le Circling ne se définit pas comme psychothérapie mais comme pratique de développement relationnel et communautaire.
Au sein de notre communauté, cette pratique pourrait être explorée et éventuellement faire l'objet d'initiatives sociales. Voir un document rédigé par Circling Canada en cliquant sur l'image qui élabore davantage la nature et le fonctionnement du Circling.












